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Vous souvenez-vous encore de cet article publié le 13 mai 2026 intitulé « Un cauchemar éveillé » ? J’y révélais un peu honteux et avec une grande tristesse, la perte de dessins originaux lors d’une correspondance de train sur la ligne Paris-Est. Et bien, ces documents exceptionnels ont été retrouvé le jeudi 25 juin à Clermont-Ferrand !

Comment raconter l’improbabilité des faits ? Vendredi 26 juin, je suis en Bretagne pour affaires familiales. En début d’après-midi, je reçois un appel d’un « 06 » inconnu de mon répertoire. J’ai pour habitude de ne pas décrocher. Pourtant cette fois, je réponds. Mon correspondant commence : « Bonjour, vous êtes bien Yvan-Noël ? » Je réponds : « Non Monsieur, mon prénom est Yann-Noël ». Mon correspondant enchaîne : « Je vous contacte car j’ai en ma possession un carton à dessins ». En entendant ces quelques mots, je comprends tout de suite. Mon cœur bat la chamade. Incrédule, je bombarde directement mon interlocuteur de questions, oubliant même de lui dire bonjour. Il me dit qu’il m’appelle de Clermont-Ferrand, qu’il travaille dans le service Fret de la SNCF et que jeudi en fin de journée, il a retrouvé un carton contenant cinq dessins sur le sol d’un wagon de marchandises, dit « wagon refouleur » dans le jargon professionnel de la SNCF (voir ci-dessous les photos du wagon envoyées par Clément) :

Un voyage de 500 kms

J’avoue que je n’y comprends rien ; j’ai même un instant pensé à un canular, quelqu’un qui aurait lu l’article précédent et qui voudrait faire une très mauvaise blague. Mais comment ce carton égaré sur une ligne de voyageurs a-t-il pu se retrouver en gare de Clermont-Ferrand, soit à 500 kms du lieu de perte et dans une zone de fret interdite au grand public ? Clément Charbonnier, le découvreur, n’a aucune explication tangible à me donner. Afin d’être rassuré, je demande à Clément de m’envoyer une photo par sms :

Ce sont bien les dessins. Je n’arrive pas à y croire. Je suis en famille et autour de moi, personne ne comprends ce qu’il se trame. Dans un élan, je veux partir sans attendre pour récupérer les précieux documents. Je prends finalement rendez-vous avec Clément pour une rencontre physique… qui n’aura lieu que le 3 juillet à son domicile situé à Issoire . La semaine d’attente entre l’appel et le jour « J » n’en finit plus de s’écouler ; c’est une torture. Mon esprit est entièrement possédé par ce rendez-vous.

Vendredi 3 juillet 2026, 16h. J’arrive à Issoire après 5 heures de voiture. Il fait chaud, mais c’est dans ma tête que ça bouillonne. Le rendez-vous, d’abord prévu à 19h, est finalement avancé. C’est plutôt mieux, car je vais pouvoir passer une soirée agréable en compagnie de mon ami Yves qui me loge pour la nuit. Garé sur le parking d’un petit centre commercial, j’appréhende encore. Clément est à l’heure. Je suis accueilli par une belle personne, un garçon bien bâti et droit. Je comprends rapidement quelle chance j’ai eu de tomber sur lui, c’est un mec sain, ça se voit. On a passé plus d’une heure et demie à se découvrir, à discuter et s’interroger sur l’objet de notre rencontre. Au final, nous n’obtenons aucune conclusion rationnelle cohérente pour expliquer l’inexplicable.

Cette histoire restera très mystérieuse et tant mieux, car on ne peut pas tout expliquer. Cependant, il y a parfois des petits clins d’œil du destin, en tout cas j’ai envie d’y croire. Ainsi, ce n’est pas anodin qu’un jeune homme prénommé Clément retrouve un dessin… de Clément Serveau !

Ensuite, le meilleur ami de Clément, Brice Robert est un jeune artiste français très prometteur, qui vient juste d’obtenir une résidence d’un an dans la prestigieuse Casa de Velàsquez à Madrid. Brice a vu les dessins lors d’une visite opportune chez Clément et l’a alerté sur la valeur artistique et muséal de ces documents. Sans le connaître, je le remercie également pour son expertise d’artiste.

Cet article est dédié à Clément Charbonnier, 40 ans. Toute ma reconnaissance éternelle.

Tout est une question de volonté

Je n’ai pas hésité à mettre mon orgueil sur le côté de la voie, afin de déployer les grands moyens pour retrouver les dessins égarés.

Graphiste de formation, j’ai commandé la fabrication d’un roll-up pour tenter de sensibiliser les voyageurs de ma ligne… Sans résultats, et pour cause.

Un grand merci aux agents de la SNCF qui m’ont accordé un peu de leur temps.

Nota

Définition d’un wagon refouleur : c’est un wagon-pilote, servant à abriter un agent de manœuvres lors d’un refoulement sur une longue distance ; souvent aménagé à partir d’un vieux wagon couvert. Ce wagon sert à la manœuvre de long trains de marchandises ou de travaux lorsque l’agent ne peut pas se tenir sur le dernier wagon ; il peut ainsi guider le mécanicien de la locomotive par radio car celui-ci est trop loin pour ajuster la manœuvre visuellement.

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